Un extincteur n’est utile que s’il est adapté au feu qu’il doit combattre, accessible au moment où l’on en a besoin et manipulé par quelqu’un qui sait s’en servir. Pour un responsable de site, l’essentiel tient donc en quatre points : connaître les classes de feux, choisir les bons types d’appareils, les implanter correctement et les faire vérifier par un professionnel compétent.
Pourquoi l’extincteur reste le premier moyen de secours
Un incendie se combat d’autant plus facilement qu’il est pris tôt. Dans les premières minutes, un départ de feu reste souvent limité à un objet ou à une petite surface : c’est la fenêtre dans laquelle un extincteur peut faire la différence. Passé ce stade, la priorité n’est plus d’éteindre mais d’évacuer et d’alerter.
L’extincteur est un moyen de première intervention. Il ne remplace ni la détection, ni l’alarme, ni l’appel aux secours. Le code du travail, pour les lieux de travail, et le règlement de sécurité incendie, pour les établissements recevant du public, imposent tous deux des moyens d’extinction adaptés aux risques. Le nombre, le type et la répartition des appareils dépendent des textes applicables à votre site et des référentiels professionnels : votre installateur, votre vérificateur ou votre bureau de contrôle sont les bons interlocuteurs pour les déterminer.
Les classes de feux
La norme européenne classe les feux selon la nature de ce qui brûle. Cette classification figure sur chaque extincteur, sous forme de lettres et de pictogrammes.
- Classe A : feux de matériaux solides, généralement d’origine organique, qui forment des braises (bois, papier, carton, tissu, certains plastiques).
- Classe B : feux de liquides ou de solides liquéfiables (hydrocarbures, solvants, peintures, graisses non alimentaires, certaines cires).
- Classe C : feux de gaz (butane, propane, gaz naturel).
- Classe D : feux de métaux (sodium, magnésium, aluminium en poudre…), qui exigent des agents extincteurs spécifiques.
- Classe F : feux d’huiles et de graisses de cuisson, typiques des cuisines professionnelles.
Vous entendrez parfois parler de « feux électriques » ou de « classe E ». Ce n’est plus une classe à part entière dans la norme : le risque électrique est traité par une mention spécifique sur l’appareil, qui indique s’il peut être utilisé à proximité d’installations sous tension et dans quelles conditions. Lisez toujours l’étiquette.
Les principaux types d’extincteurs
Le choix d’un appareil se fait en fonction de l’agent extincteur qu’il contient. Chacun a ses forces et ses limites.
Eau pulvérisée, avec ou sans additif
L’extincteur à eau pulvérisée est l’appareil de base pour les feux de classe A, les plus courants dans les bureaux, commerces et entrepôts. Avec un additif, il peut aussi être efficace sur certains feux de classe B. Il refroidit le foyer et limite les reprises. Vérifiez sur l’étiquette s’il est utilisable sur un risque électrique.
Dioxyde de carbone (CO2)
Le CO2 agit par étouffement et ne laisse pas de résidu. Il est adapté aux feux de classe B et aux équipements électriques (armoires, salles informatiques, locaux techniques). Ses limites : il est peu efficace sur les braises, le diffuseur devient très froid pendant l’utilisation, et son emploi dans un local confiné appelle des précautions, car il chasse l’oxygène.
Poudre
Les extincteurs à poudre sont polyvalents : selon la poudre, ils couvrent les classes A, B et C ou seulement B et C. Ils sont souvent choisis pour les parkings, les véhicules ou les zones extérieures. En contrepartie, la poudre réduit fortement la visibilité, salit et peut endommager les équipements électroniques. On évite donc de les installer comme moyen principal dans des bureaux ou des locaux informatiques.
Mousse et appareils spécifiques
Les extincteurs à mousse conviennent aux feux de liquides inflammables. Pour les cuisines professionnelles, il existe des appareils conçus pour les feux de classe F. Les feux de métaux (classe D) nécessitent des agents spéciaux, à définir avec un spécialiste selon le métal concerné.
Où les placer
Un extincteur mal placé est un extincteur inutile. Quelques principes de bon sens, que les textes et référentiels déclinent plus précisément :
- près des risques à couvrir (local électrique, cuisine, zone de stockage, atelier) ;
- le long des circulations et à proximité des sorties, pour que la personne qui s’en saisit garde une issue derrière elle ;
- fixé, visible et signalé par un panneau, jamais posé au sol derrière une palette ou un meuble ;
- dégagé en permanence : un extincteur masqué par des cartons pendant un inventaire ne sert à rien le jour où un feu se déclare.
Les déplacements d’appareils au gré des réaménagements sont une source classique d’écart. Avant de modifier un plateau ou une surface de vente, prévoyez la nouvelle implantation des extincteurs.
Comment s’en servir
Le bon geste s’apprend, et il s’apprend en manipulant. En quelques lignes, la logique est la suivante :
- Donner l’alerte ou s’assurer qu’elle est donnée.
- Choisir le bon appareil en fonction de ce qui brûle.
- Se placer entre le feu et une sortie, à distance, vent ou courant d’air dans le dos en extérieur.
- Dégoupiller, puis percuter si l’appareil fonctionne avec une cartouche.
- Viser la base des flammes, pas les flammes elles-mêmes, en balayant.
- Renoncer si le feu ne régresse pas : on referme la porte du local et on évacue.
La règle d’or : on n’attaque un feu que si l’on peut le faire sans se mettre en danger. Un extincteur entamé, même partiellement, doit ensuite être signalé pour être remplacé ou rechargé.
Le code du travail prévoit que le personnel apprenne à se servir des moyens de premier secours. Une formation pratique, sur feu réel ou simulé, vaut mieux qu’une explication théorique : sous le stress, on reproduit ce que l’on a déjà fait.
Vérification et entretien
Deux niveaux se complètent.
- Le contrôle visuel courant : l’appareil est-il à sa place, accessible, signalé ? Sa goupille et son scellé sont-ils intacts ? S’il est équipé d’un manomètre, l’aiguille est-elle dans la zone normale ? Ce contrôle peut être réalisé lors des rondes incendie des agents SSIAP ou par le personnel désigné.
- La vérification technique : elle est réalisée par un technicien compétent, selon la périodicité et les modalités prévues par les textes et référentiels applicables à votre établissement. Elle donne lieu à une étiquette sur l’appareil et à un rapport.
Les vérifications et leurs suites doivent être tracées. Dans un ERP, elles trouvent leur place dans le registre de sécurité, que la commission de sécurité consulte lors de ses visites.
Les erreurs fréquentes avec les extincteurs
- Un seul type d’appareil pour tout le bâtiment, quel que soit le risque.
- Des extincteurs déplacés ou utilisés pour caler une porte.
- Un appareil entamé remis en place sans être signalé.
- Du personnel qui n’a jamais tenu un extincteur en main.
- Des vérifications faites, mais non consignées.
En résumé
Un extincteur se choisit selon la classe de feu (A solides, B liquides, C gaz, D métaux, F huiles de cuisson) et selon le local à protéger : eau pulvérisée pour les feux courants, CO2 pour les équipements électriques, poudre pour les zones extérieures ou mixtes, appareils spécifiques pour les cuisines et les métaux. Il doit être visible, accessible, signalé, vérifié par un professionnel et manipulé par un personnel formé. Le nombre et la répartition des appareils relèvent des textes applicables : faites-les valider par votre vérificateur ou votre bureau de contrôle.
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