La ronde incendie est le parcours méthodique par lequel l’agent SSIAP s’assure que le bâtiment est prêt à faire face à un feu : issues libres, moyens de secours en place, installations de sécurité en état de veille, aucune source de danger nouvelle. Elle ne se résume pas à « faire le tour » : elle suit un itinéraire, s’adapte au moment de la journée et se termine toujours par une trace écrite.
Ce qu’une ronde n’est pas
Avant de détailler son contenu, il est utile de poser deux limites. La ronde incendie :
- ne remplace pas les vérifications techniques réglementaires des installations, réalisées par des techniciens compétents ou des organismes agréés selon les cas ;
- n’est pas une ronde de sûreté, même si un même passage peut parfois servir les deux objectifs lorsque l’agent dispose des qualifications correspondantes.
L’agent SSIAP observe, assure l’entretien élémentaire et alerte. Il ne démonte pas un détecteur ni ne répare une porte coupe-feu. Notre article sur le rôle de l’agent SSIAP au quotidien replace la ronde dans l’ensemble de ses missions.
Avant de partir : le point au poste de sécurité
Une bonne ronde commence devant le tableau de signalisation du système de sécurité incendie. L’agent vérifie :
- qu’aucune alarme, aucun dérangement ni aucune mise hors service n’est en cours sans explication ;
- les consignes de la relève : travaux en cours, zones neutralisées, événement prévu ;
- les permis de feu délivrés pour la journée, qui désignent les zones à surveiller en priorité.
Une détection neutralisée pour des travaux change la ronde : la zone concernée doit faire l’objet d’une attention particulière, selon les mesures définies avec l’exploitant.
Les trois moments de la ronde
La ronde d’ouverture
Avant l’arrivée du public, l’objectif est simple : pouvoir évacuer. L’agent s’assure que les issues sont déverrouillées et dégagées, que l’éclairage de sécurité fonctionne en apparence, que la signalisation est visible et qu’aucune livraison nocturne n’a été déposée dans une circulation.
Les rondes pendant l’exploitation
Pendant l’activité, la ronde surveille les dérives : un chariot laissé devant une sortie, une porte coupe-feu calée pour faciliter le service, des cartons qui s’empilent près d’un tableau électrique. L’itinéraire inclut les zones que le public ne voit pas : réserves, cuisines, locaux techniques, sous-sols, combles accessibles.
La ronde de fermeture
C’est souvent la plus importante. Une fois le public parti, l’agent vérifie :
- que personne ne reste dans les locaux (sanitaires, cabines, salles annexes) ;
- que les appareils qui doivent l’être sont arrêtés (cuisson, chauffages d’appoint, éclairages de vitrine selon les consignes) ;
- que les portes coupe-feu sont fermées ;
- qu’aucun point chaud ne subsiste après des travaux de la journée ;
- qu’aucune trace de mégot ou de fumée n’apparaît dans les zones extérieures et les locaux poubelles.
Ce que l’agent contrôle, zone par zone
Circulations et issues
- issues de secours libres, portes qui s’ouvrent facilement ;
- signalisation des sorties visible, non masquée par un décor ou une affiche ;
- éclairage de sécurité allumé là où il doit l’être ;
- aucune chaîne ni aucun verrou non prévu sur une issue.
Moyens de secours
- extincteurs présents à leur emplacement, accessibles, scellés, sans dégradation visible ;
- robinets d’incendie armés dégagés ;
- déclencheurs manuels visibles et non obstrués ;
- commandes de désenfumage accessibles.
Compartimentage
- portes coupe-feu fermées ou libres de se fermer, sans cale ni crochet improvisé ;
- ferme-portes qui fonctionnent ;
- absence d’ouverture créée dans une paroi (passage de câbles laissé ouvert après des travaux).
Locaux à risque
- locaux techniques et électriques sans stockage parasite ;
- cuisines : hottes, friteuses, raccords de gaz sans anomalie apparente ;
- locaux poubelles et zones de déchets fermés et rangés ;
- zones de travaux surveillées pendant et après les interventions par point chaud.
Signes faibles
Une odeur de brûlé, un bruit inhabituel dans un tableau électrique, une prise noircie, une fuite d’eau près d’une installation électrique : ce sont souvent ces signes, plus que les grands constats, qui permettent d’éviter un sinistre.
Que faire d’une anomalie ?
Toute anomalie appelle l’une de ces trois réponses, et parfois plusieurs :
- la corriger sur-le-champ lorsque c’est simple et sans danger : dégager une issue, refermer une porte coupe-feu, remettre un extincteur à sa place ;
- la signaler au responsable de l’établissement ou au service technique lorsqu’elle exige une intervention ;
- mettre en place une mesure provisoire lorsque la sécurité est dégradée, par exemple une surveillance renforcée d’une zone, selon les consignes de l’exploitant.
Dans tous les cas, l’anomalie est consignée : quoi, où, quand, quelle suite. Un constat non écrit n’existe pas, ni pour l’exploitant, ni en cas de contrôle.
La traçabilité de la ronde
La ronde doit pouvoir être prouvée. Selon les sites, cela passe par une main courante, un contrôleur de rondes (points de pointage répartis sur l’itinéraire) ou un outil numérique. Ces traces montrent que les zones ont été réellement parcourues et permettent de suivre la résolution des anomalies. Les éléments liés aux installations de sécurité alimentent aussi le registre de sécurité de l’établissement. Pour aller plus loin sur l’intérêt de cette traçabilité, voyez notre article sur les rondes et la main courante.
En résumé
La ronde incendie commence au poste de sécurité (état du SSI, consignes, permis de feu), puis suit trois temps : ouverture, exploitation et fermeture. L’agent SSIAP contrôle les issues, les moyens de secours, le compartimentage et les locaux à risque, et reste attentif aux signes faibles. Chaque anomalie est corrigée, signalée ou compensée, puis consignée. La ronde complète les vérifications techniques réglementaires, elle ne les remplace pas.
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