Évacuer une personne à mobilité réduite ne consiste pas toujours à la faire sortir immédiatement du bâtiment. Selon la configuration des lieux, la bonne réponse peut être de la mettre à l’abri dans une zone protégée, puis de signaler sa présence aux secours, qui procéderont à son évacuation. Tout l’enjeu est de l’avoir prévu, attribué à des personnes précises et répété.
Un public plus large qu’on ne le pense
Quand on parle de mobilité réduite, on pense d’abord au fauteuil roulant. En situation d’évacuation, le public concerné est bien plus large :
- personnes en fauteuil ou se déplaçant avec une aide (cannes, déambulateur) ;
- personnes temporairement gênées : plâtre, béquilles, convalescence, fin de grossesse ;
- personnes âgées, qui marchent lentement ou supportent mal les escaliers ;
- personnes malvoyantes, qui ne voient ni la signalisation ni les flèches d’évacuation ;
- personnes malentendantes, qui peuvent ne pas percevoir l’alarme sonore ;
- personnes présentant un handicap cognitif ou psychique, pour qui une situation inhabituelle peut provoquer une réaction de blocage ;
- jeunes enfants, qui dépendent entièrement des adultes.
Certaines de ces situations sont visibles, d’autres non. C’est pourquoi la préparation, abordée dans notre article sur le plan d’évacuation, doit être complétée par des réflexes concrets le jour où l’alarme retentit.
Principe n° 1 : évacuer vers une zone sûre, pas forcément vers l’extérieur
Dans un bâtiment à étages, descendre un escalier avec une personne en fauteuil est long, physiquement exigeant et risqué pour tout le monde, d’autant que l’escalier sert au même moment au reste des occupants. Deux solutions existent selon la conception du bâtiment :
- l’évacuation horizontale : passer, au même niveau, dans une partie du bâtiment séparée de la zone sinistrée par des parois et portes résistant au feu ;
- la mise à l’abri dans un espace d’attente sécurisé, lorsque le bâtiment en comporte : un espace protégé, généralement près d’un escalier, où la personne attend l’arrivée des secours.
Ces espaces ne sont utiles que s’ils sont connus, signalés et dégagés. Un espace d’attente transformé en local de stockage ne protège personne. Vérifiez avec votre bureau de contrôle ou la commission de sécurité (dans le Bas-Rhin, placée auprès de la préfecture) ce que prévoit votre bâtiment et ce que la réglementation applicable impose.
Principe n° 2 : un accompagnant nommé, et un suppléant
La règle d’or est simple : chaque personne qui aura besoin d’aide doit savoir qui l’aidera, et cette personne doit le savoir aussi. Dans une entreprise, cela passe par un binôme désigné à l’avance pour chaque salarié concerné, avec un suppléant en cas d’absence. Dans un établissement qui reçoit du public, l’accompagnement est assuré par le personnel désigné ou par le service de sécurité.
Le rôle de l’accompagnant :
- rejoindre la personne dès le signal d’évacuation ;
- l’orienter vers la sortie accessible ou vers la zone de mise à l’abri ;
- rester avec elle jusqu’à l’arrivée des secours si elle ne peut pas sortir ;
- signaler sa présence et sa position au responsable de l’évacuation.
Le recueil de ces informations doit se faire avec tact et dans le respect de la vie privée : on demande à la personne de quelle aide elle aurait besoin, sans exiger de détails sur sa situation de santé.
Principe n° 3 : ne pas utiliser l’ascenseur, sauf exception prévue
En cas d’incendie, l’ascenseur ordinaire est à proscrire : il peut s’arrêter à un étage enfumé ou se bloquer entre deux niveaux. Certains bâtiments disposent d’ascenseurs spécialement conçus et prévus pour l’évacuation, ou utilisables par les sapeurs-pompiers. Leur usage doit être clairement défini dans les consignes de l’établissement. Sans consigne explicite, la règle reste : pas d’ascenseur.
Principe n° 4 : adapter l’alerte et le guidage
Une alarme que l’on n’entend pas ou une flèche que l’on ne voit pas ne servent à rien. Quelques pratiques simples :
- vérifier si l’alarme comporte un signal visuel (flash lumineux) dans les zones où se trouvent des personnes malentendantes, notamment les sanitaires ;
- prévoir qu’un accompagnant prévienne directement une personne malentendante ou malvoyante ;
- guider une personne malvoyante en lui proposant le bras, en annonçant les obstacles et les marches ;
- parler calmement, avec des phrases courtes, à une personne désorientée, et rester à ses côtés.
Le matériel d’aide à l’évacuation : utile s’il est maîtrisé
Les chaises d’évacuation permettent de descendre un escalier avec une personne qui ne peut pas marcher. Elles ne s’improvisent pas : sans formation, leur maniement peut blesser la personne transportée ou l’accompagnant. Si vous en équipez votre bâtiment, prévoyez la formation des utilisateurs et un emplacement connu, accessible et régulièrement contrôlé. Évitez en revanche de porter une personne à bras dans un escalier, sauf danger immédiat : le risque de chute est réel.
Le relais avec les secours
À l’arrivée des sapeurs-pompiers, l’information la plus précieuse est : qui reste à l’intérieur, et où. Le responsable de l’évacuation ou l’agent de sécurité doit pouvoir indiquer sans hésiter :
- le nombre de personnes mises à l’abri ou restées dans le bâtiment ;
- leur localisation précise (niveau, espace d’attente, local) ;
- la nature de l’aide dont elles ont besoin.
Cela suppose qu’un point de remontée de l’information existe au point de rassemblement, et que les accompagnants sachent à qui transmettre la position des personnes.
Exercer, y compris avec les personnes concernées
Un exercice d’évacuation qui ignore les personnes à mobilité réduite donne une fausse image de la réalité. Il est utile de simuler, avec leur accord, l’accompagnement réel, la mise à l’abri et la transmission de l’information. Les observateurs relèvent les points de blocage : porte trop lourde, rampe manquante, accompagnant absent. Notre article sur l’organisation d’un exercice d’évacuation détaille la méthode.
En résumé
Évacuer les personnes à mobilité réduite repose sur quatre principes : rejoindre une zone sûre (évacuation horizontale ou espace d’attente sécurisé, lorsqu’il existe) plutôt que forcer l’escalier, désigner un accompagnant et un suppléant, proscrire l’ascenseur sauf consigne explicite, et adapter l’alerte et le guidage. L’information transmise aux secours (qui, où, quelle aide) est décisive. Le tout doit être exercé pour être fiable.
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