Un exercice d’évacuation s’organise en trois temps : on le prépare (objectifs, scénario, observateurs, information des personnes concernées), on le déroule sans improviser, puis on en tire un retour d’expérience écrit qui débouche sur des corrections. Un exercice réussi n’est pas celui où tout se passe bien, c’est celui qui fait apparaître ce qui ne fonctionnerait pas le jour d’un vrai sinistre.
Pourquoi un exercice, et pas seulement un plan
Le plan d’évacuation décrit ce qui devrait se passer. L’exercice vérifie ce qui se passe vraiment : l’alarme est-elle entendue dans les sanitaires ? Les serre-files savent-ils qu’ils sont serre-files ? Le comptage au point de rassemblement aboutit-il à un chiffre fiable ? Ces questions n’ont de réponse que sur le terrain.
L’exercice a aussi une fonction pédagogique. Une personne qui a déjà emprunté l’issue de secours de son étage la retrouvera sans réfléchir sous l’effet du stress. Si votre plan n’est pas encore stabilisé, commencez par notre méthode pour préparer un plan d’évacuation : l’exercice viendra le mettre à l’épreuve.
Quant à la fréquence et aux modalités imposées, elles dépendent du régime de votre bâtiment (lieu de travail, ERP, IGH, établissement de soins, établissement scolaire…). Vérifiez les textes qui vous concernent auprès de votre chargé de sécurité ou de la commission de sécurité plutôt que de vous fier à une règle entendue ailleurs.
Avant l’exercice : la préparation
Fixer un ou deux objectifs précis
« Faire un exercice » n’est pas un objectif. « Vérifier que le niveau 2 est entièrement évacué et contrôlé par les serre-files » en est un. Choisissez des objectifs mesurables et limités, par exemple :
- tester l’audibilité de l’alarme dans les zones isolées ;
- vérifier la tenue des rôles (guide-files, serre-files, responsable du point de rassemblement) ;
- éprouver l’évacuation d’une personne ayant besoin d’assistance ;
- contrôler la fiabilité du comptage ;
- tester l’organisation sur une plage horaire inhabituelle (soir, week-end, période de forte affluence).
Écrire un scénario réaliste
Un scénario situe un départ de feu fictif dans un lieu plausible (local technique, réserve, cuisine) et en déduit des contraintes : un escalier rendu inutilisable, une sortie à éviter, une personne absente de son poste. Ces « aléas » obligent les équipes à réfléchir au lieu d’exécuter une routine. Le scénario reste connu des seuls organisateurs.
Désigner des observateurs
Placez des observateurs aux points clés : sorties, escaliers, zones isolées, point de rassemblement. Chacun dispose d’une grille simple : heure de déclenchement, heure de sortie du dernier occupant de sa zone, comportements observés (retour chercher des affaires, usage de l’ascenseur, portes laissées ouvertes), difficultés rencontrées. Sans observateur, il ne reste que des impressions.
Informer sans tout dévoiler
Un exercice annoncé à la minute près perd une partie de son intérêt ; un exercice totalement inopiné peut créer de l’inquiétude ou des risques (personne sur une échelle, intervention en cours, public fragile). Le bon compromis consiste souvent à informer les responsables et les personnes concernées d’une période, sans fixer l’heure. Prévenez aussi :
- le télésurveilleur ou le prestataire de maintenance du système de sécurité incendie, si une transmission d’alarme est prévue ;
- les occupants voisins dans un bâtiment partagé ;
- le cas échéant, les secours publics, selon les modalités qu’ils vous indiquent.
Vérifier les conditions de sécurité de l’exercice
Un exercice ne doit pas créer de danger : pas de fumée artificielle dans une zone non préparée, pas de course dans les escaliers, attention aux personnes fragiles. Prévoyez une procédure d’interruption si un incident réel survient pendant l’exercice.
Pendant l’exercice : le déroulé
Le jour venu, le déroulé suit la consigne de l’établissement, comme pour un vrai sinistre :
- déclenchement de l’alarme selon le scénario (déclencheur manuel, simulation au tableau) ;
- évacuation des occupants par les cheminements prévus, sous la conduite des guide-files ;
- vérification des locaux par les serre-files, porte par porte ;
- rassemblement et comptage, remontée des informations au responsable ;
- fin d’exercice annoncée clairement, puis retour des occupants.
Lorsque l’établissement dispose d’un service de sécurité incendie, les agents SSIAP coordonnent l’ensemble depuis le PC sécurité, gèrent les commandes du système de sécurité incendie et jouent le rôle d’interface avec les secours. Les observateurs, eux, n’interviennent pas : ils notent.
Une attention particulière doit être portée aux personnes qui ont besoin d’aide. Le sujet mérite d’être travaillé à part, voir notre article sur l’évacuation des personnes à mobilité réduite.
Après l’exercice : le retour d’expérience
C’est l’étape la plus utile, et pourtant celle que l’on écourte le plus volontiers. Réunissez rapidement les observateurs et les responsables d’évacuation, tant que les souvenirs sont précis, et passez en revue :
- les temps relevés zone par zone et les écarts entre elles ;
- les comportements problématiques et leur cause (consigne mal comprise, signalétique peu lisible, alarme inaudible) ;
- les défaillances matérielles (porte qui résiste, éclairage de sécurité défaillant, issue encombrée) ;
- la tenue des rôles et les absences non suppléées ;
- la fiabilité du comptage.
Transformez chaque constat en action, avec un responsable et une échéance : réparer, déplacer, former, réécrire une consigne. Consignez ensuite l’exercice et ses enseignements dans le registre de sécurité lorsque l’établissement en tient un. Le prochain exercice pourra alors vérifier que les corrections ont porté leurs fruits.
Les erreurs à éviter lors d’un exercice d’évacuation
- Toujours le même scénario, à la même heure, avec les mêmes personnes présentes.
- Exempter certains services « trop occupés », qui seront pourtant concernés le jour J.
- Arrêter l’exercice dès la sortie du bâtiment, sans comptage ni vérification des locaux.
- Ne rien écrire, ce qui empêche de mesurer les progrès et de justifier l’exercice lors d’un contrôle.
- Oublier les publics non salariés : visiteurs, sous-traitants, intérimaires, clients.
En résumé
Organiser un exercice d’évacuation, c’est fixer des objectifs précis, écrire un scénario réaliste avec des aléas, placer des observateurs, informer juste ce qu’il faut, puis dérouler la consigne comme en situation réelle. Le retour d’expérience écrit, suivi d’actions correctives, fait toute la valeur de l’exercice. La fréquence et les modalités obligatoires dépendent du régime de votre bâtiment : vérifiez-les auprès de votre chargé de sécurité ou de la commission de sécurité.
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